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« Crise et Navigation à vue » 

Selon le Financial Times [1], la semaine qui vient de passer peut-être considérée comme une phase de  convulsions du système capitalisme mondial (une des étapes du cycle de Minsky [2]) avec  une perte de confiance profonde dans le système financier  suite  à  l'explosion de la bulle crédit  et à son impact sur le capital des organismes financiers. Les pertes engendrées par la crise immobilière américaine s'aggravent  et se propagent très rapidement à d'autres segments du marché hypothécaire  à priori de meilleure qualité que le « subprime » comme le Alt-A [3]. Cette crise est probablement le reflet d'une évolution brutale qui vise à normaliser les déséquilibres  actuels: effets de levier, déficit US, prix des actifs qui sont à l'origine de la bulle de crédit.

 

La Une du Wall Street Jounal 18/09/08

 

En tout cas, en moins de deux semaines, le système financier américain  aura été complètement bouleversé dévasté. Avec la nationalisation des deux agences du crédit hypothécaires américain (Fannie Mae et Freedie Mac), la  dette publique américaine avoisine désormais 80% du PIB [1]. La mise en sourdine de la politique de mutualisation des pertes sera de très courte durée (une journée) mais  provoquera la  faillite de la banque d'investissement  Lehmans Brothers [4]. Celle-ci sera  suivie d'un virage à 180° avec la  prise de contrôle de 80% du  capital du premier assureur privé mondial AIG afin de lui fournir 85 milliards de $.  On en est à  1500+1800= 3300 milliards $ d'actifs qui passent sous la tutelle du trésor [5]!  Le drame écossais engendré par  la fusion forcée entre le premier prêteur hypothécaire britannique HBOS (Halifax Bank of Scotland) et la Loyds afin d'éviter un nouvel épisode à la Northern-Rock passera presque inaperçu [6].  La semaine se finit par un  chèque potentiel de 700 milliards de $ des contribuables américains  afin de racheter les actifs empoisonnés aux banques américaines et ainsi  d'enrayer la chute des dominos de Wall Street. « Bienvenue dans l'Union des républiques socialistes d'Amérique" est le constat sévère  de l'économiste Nouriel Roubini, ancien responsable au Trésor sous Bill Clinton sur la gestion de la crise  (les nationalisations d'Hugo Chavez font effectivement un peu amateur) [7].  Néanmoins, on retiendra qu'il vaut mieux poser un risque systémique en  spéculant sur les marchés financiers des sommes gigantesques avec  la pension des autres que de spéculer sur le marché immobilier car il n'est pas question de sauver les foyers américains piégés  par ces crédits pourris et qui sont la racine de cette  crise... [8]

Dessin du Financial Times (19/09/08, Auteur: I. Pinn)

 

En France, nous ne sommes pas à l'abri non plus de la politique de navigation à vue. Le premier  exemple est celui de la FNAIM en la personne de son nouveau  délégué général Henry Buzy-Cazaux qui n'a pas peur d'assumer une nouvelle politique de communication dans Capital [9], d'évoquer la crise immobilière française et l'impact sur le volume des transactions au niveau de ses adhérents.  Il détone en envisageant une possible baisse des prix de 20% au niveau du marché parisien pourtant moins touché pour l'instant par la crise par rapport à la  province. A terme,  les éclats de rire  (enfin pour ceux qui n'ont pas suivi ses conseils..) provoqués par la communication  lénifiante de la FNAIM  » [10] [11] sous la présidence  de « cet étrange Monsieur Pallincourt » [12] seront regrettés . Le second exemple est celui de notre gouvernement.  On se pose des questions sur son  mutisme actuel et si la taxe pique-nique est la réponse à la crise actuelle [13]? Néanmoins, comme le souligne à juste titre Jean-Marc Vittori dans un bien bel édito, «  Crise : ne les croyez plus ! » [14] il est bon de se rappeler les propos de  notre ministre de l'économie,  Christine Lagarde pour qui en fin 2007 « les effets de la crise seraient limités ».  Cela permet d'avoir donc quelques  doutes lorsqu'une  croissance « molle » est prédite  2009 (il n'y aura pas de récession ?)  [15].

 

Couverture de The Economist du 18/09/08: What's Next [16]?

Pour finir, je vous laisse avec la couverture de The Economist qui se demande ce qui nous attends au  niveau de la crise financière...C'est relativement simple, au vue de la tendance des marchés immobiliers européens et français d'imaginer qu'une partie de  la suite de l'histoire sera en Europe  !




J'ose une bonne semaine
Christophe


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