|
Suite
au battage médiatique sur le rebond violent des transactions
au printemps, suivi de peu par l'annonce par la FNAIM d'une
progression tonitruante de 3,9%
au deuxième trimestre, soit une progression digne des meilleurs trimestres transaction jamais enregistrés, nous avions émis
quelques doutes sur la nature et l'ampleur de ce rebond. Les
résultats d'autres groupes de professionnels de l'immobilier
donnent maintenant une toute autre impression du marché.
Voyons ce que nous apprennent ces chiffres et comment les
interpréter.
La communication des
notaires.
Les
notaires sont des professionnels qui vivent de l'immobilier, que ce
soit sous la forme d'une activité annexe de transaction, transaction ou sous la forme des frais qu'ils encaissent à chaque
transaction. Néanmoins, les chiffres qu'ils collectent sont
traités par l'INSEE, un organisme statistique indépendant,
dont les publications sont exemptes de la saine suspicion avec
laquelle on devra prendre les publications des professionnels
directement intéressés, et dont la méthodologie
est connue.
Leur
analyse est bien plus sombre que le tableau idyllique du marché
dressé en début de mois, et ils anticipent une
poursuite de la baisse des prix et des transactions toute l'année
durant. Certes, ils se permettent d'exclure dans leur note de
conjoncture une baisse de 40%.
Voilà un aveu qui veut tout dire, surtout si l'on le couple
à
l'article écrit par M. Friggit, et validé par leur
commission éditoriale, qui conclut que les prix ont entam� un retour vers leur tunnel historique, mais qu'ils
n'en restent pas moins surévalués de 50%.
Ce qui voudrait dire qu'une baisse de 33% n'est pas à exclure,
même si M. Friggit s'abstient bien de se hasarder à pronostiquer
une vitesse de baisse.
Les chiffres constat�s par les notaires permettent d'écarter,
comme on le pensait, l'idée d'un rebond majeur. En tenant
compte non plus des chiffres bruts, mais des chiffres corrigés
des variations saisonnières, ils nous annoncent anticiper 500
000 transactions pour l'année 2009, soit -37,5%
par rapport aux années fastes. Il s'agit, grosso modo, d'un
ralentissement semblable à celui constaté à
l'hiver 2008, voire légèrement pire ! On ne pourra pas
reprocher aux notaires de n'avoir pas anticipé la chute,
contrairement à ce qui s'était passé lors de la
précédente contraction du marché de
l'immobilier.
Pour
terminer sur leur communication, ils joignent un graphique comparant
les prix aux revenus des populations aux Etats-Unis, au Royaume-Uni,
et en France. Et surprise :
 La
France, o� l'on nous assurait longuement que les prix n'étaient
pas décorrélés des fondamentaux, serait le pays
où l'immobilier serait le plus cher, bien plus cher que ce que
l'on a pu voir Outre-Manche et Outre-Atlantique aux pires heures de
leurs bulles immobilières. Une réalité qui
n'était pourtant jusqu'ici que mentionnée en pointillée
dans des publications spécialisées.
Bien
sûr, comparaison n'est pas raison, mais il serait bien
optimiste de conclure que la France échappera au contexte
économique qui a présidé à l'éclatement
des bulles immobilières ailleurs dans le monde. Par le
ralentissement du marché, elle prend en tout cas le chemin de
la conformité et du retour à la normale, une expression
préférable à celle de crise. Car pour la plupart
des citoyens, la crise de l'immobilier, c'est la difficulté à
acheter pour se loger, pas la difficulté à revendre à
des prix faramineux...
La note de conjoncture de
la FNAIM
Nous
avions déjà rapporté les interrogations de la
direction de la FNAIM sur son propre indice, interrogations
auxquelles l'organisation a répondu en remaniant sa direction.
Curieusement, les doutes n'ont pas été levés par
cette action d'éclat, et ce d'autant plus qu'après
avoir enregistré +3% en
avril, elle enregistre en juin -2,9%.
De telles variations étaient douteuses, en raison de la
constitution du panier de biens utilisés pour calculer les
prix, lors du mois d'avril. Les mêmes doutes subsistent
maintenant que les prix retrouvent une tendance très fortement
baissière – l'indice Case/Schiller pour les
Etats-Unis n'a ainsi jamais observé de baisse mensuelle aussi
vive dans le pays symbole de la crise immobilière ! Nous
nous abstiendrons donc de les commenter, tout en soulignant la
légèreté qu'il y a � les prendre pour argent
comptant et à les analyser comme parole d'évangile.
Surtout lorsqu'il s'agit de conclure que ce mini-krach permet «
d'écarter la perspective d'une crise majeure ».
Concernant
les transactions, les agences FNAIM ne se démarquent pas de
l'analyse effectuée sur la production de crédits, pour
penser que le retour des acheteurs n'a pas eu lieu. Ils estiment
l'évolution annuelle à -30%, en ligne avec leurs
constats précédents. Apparemment les acheteurs ne sont
revenus que dans les agences Century21 : une communication
publicitaire qui arrive à point nommé dans un marché
atone. Espérons que les acheteurs, eux, prendront la peine de
se renseigner plus avant d'effectuer des achats de panique.
La
FNAIM consacre une part importante de son bulletin à
justifier, par ailleurs, la pertinence de son indice et de ses
analyses. Elle nous indique ainsi qu'en 2005, elle privilégiait
l'atterrissage en douceur à l'éclatement de la bulle
immobilière prévu par les principaux analystes du
secteur. Pour avoir lu les analyses de 2005, il est difficile de
croire que le grand public ait même entendu le terme de « bulle
immobilière » en 2005. La FNAIM défend
l'intégité de son outil, alors même qu'elle
reconnaît que le nombre de biens pris en compte a diminué.
Elle affirme se baser sur 10 à 12 000 ventes mensuelles, mais
l'abaisse à « un minimum de 5000 » pour
les derniers mois.
La
FNAIM enfonce le clou en soulignant que ses prévisions n'ont
jamais été contredites. Malheureusement, elle utilise
son indice comme témoin, ce qui fait que la démonstration
ne prouve que sa capacité à anticiper les variations de
l'indice qu'elle publie ! Rien n'est dit, malheureusement, sur les
disparités avec l'indice INSEE. La FNAIM prend néanmoins
date et pronostique des prix au m² moyens jusqu'à la fin
de l'année qui que le point bas aurait été
atteint au premier trimestre 2009, et qu'après une légère
rechute estivale, ils devraient rester stable jusqu'à la fin
de de l'année, et rester plus élevés que ceux
observés au dernier trimestre de 2008. Nous prenons,
évidemment, date.
A titre
de comparaisons, et à période identique, voici quelques
évolutions pour 2008 constatées par la FNAIM et les
Notaires dans certaines villes...
|
Chiffres T1 2009 par rapport à T1 2008
|
Evolution suivant la FNAIM
|
Evolution suivant les notaires
|
|
Marseille
|
-4,8%
|
-8%
|
|
Poitiers
|
-0,1%
|
-14%
|
|
Dijon
|
-2%
|
-8%
|
|
Orléans
|
-3%
|
-8%
|
|
Strasbourg
|
1,3%
|
-6,4%
|
Il est
dommage que ces disparités ne soient pas expliquées.
Elles pourrait relever d'un nombre insuffisant de transactions qui
rendrait la marge d'erreur très importante, mais cette hypothèse
est exclue par la FNAIM, ce qui nous réduit à des
conjectures.
Dans
tous les cas, la communication des professionnels a pris soudainement
un tour beaucoup plus raisonnable après les annonces de rebond
de la semaine passée. Malheureusement, elles font l'objet
d'une bien moindre couverture médiatique, comme la revue de
presse de ce site le montre.
|