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Les
prix ont baissé, nous annoncent les notaires, les analystes et
même la FNAIM entre deux retournements. Pourtant, les
statistiques de cotation-immobiliere, qui s'intéressent aux
prix des annonces, ne montrent pas une baisse d'une même
ampleur. Et tous ceux qui cherchent à se loger urgemment le
disent : ils n'ont pas vu les prix baisser dans les journaux
d'annonce qu'ils consultent fréquemment. Pourquoi cette
différence ? Car l'annonce du prix va dépendre de
l'estimation que fait le vendeur de son bien, et de la perception
qu'il a du marché. Or, le vendeur se retrouve dans la même
situation que l'acheteur. N'ayant comme élément
d'appréciation que les prix d'annonce, il ne constate pas de
baisse et n'est donc pas motivé pour afficher un prix moindre.
Si le voisin vend très cher, pourquoi « braderait-il »
son bien, suivant l'expression consacrée ?
L'explication
peut sembler simpliste, aussi peut-il être bon de comparer avec
ce qui se passe chez nos voisins, plus avancés dans la chute
des prix. Les vendeurs y sont confrontés au même
problème, et ce d'autant plus que les chiffres de vente sont
opaques. En cela, le Royaume-Uni est un bon parallèle avec la
situation que nous connaissons chez nous, puisque les prix de
transaction n'y sont pas plus accessibles pour le particulier
vendeur. Qu'observons-nous ?
Regardons
d'abord la tendance des prix de transaction. Les deux principaux
indices publiés le sont par les prêteurs immobiliers
Halifax
et Nationwide.
Les deux calculent un indice des prix prenant en compte les
caractéristiques du bien, un peu à la manière
des notaires chez nous, pour calculer le prix moyen, et ne se
contentent pas d'effectuer une moyenne des prix qu'ils observent.
Grâce à leur large échantillon, ils peuvent ainsi
établir des prix représentatifs. Ces deux indices
suivent naturellement la même tendance avec de petites
variations d'un mois sur l'autre en raison d'une méthodologie
de calcul un peu différente. Néanmoins, en comparant
les chiffres qu'ils publient, on voit bien la tendance générale :
les prix ont atteint leur maximum à l'été 2007.
 Les
indices montrent que les prix ont baissé de 20% en moyenne
(entre les deux estimations). Les médias s'en émeuvent
autant qu'ici, et la baisse des prix est connue des acquéreurs.
Il n'y a pas eu de rebond significatif de nature à entretenir
l'espoir d'une reprise. Si l'on regarde la courbe, on voit même
qu'après quelques mois, en raison de la crise financière,
la chute s'est accélérée.
Quelle a été
la réaction des vendeurs ?
On peut l'estimer en regardant l'indice fourni par le site Rightmove.
Ils suivent les prix d'annonce, à la manière du site
cotation. On peut y voir que les prix d'annonce n'ont cessé de
monter, pour atteindre un pic en mai 2008. Si l'hiver 2007 avait vu
les annonces en baisse, et qu'on aurait alors pu croire que les
vendeurs étaient réactifs, il ne s'agissait que de
variations saisonnières, et l'arrivée du printemps a
relancé à la hausse les prix d'annonce, alors qu'on
voit bien sur la courbe des prix que ces derniers ne cessaient de
chuter. Depuis mai 2008, les
prix d'annonce ont perdu 12%
(alors que les prix réels ont
perdu 20%), et la
stabilisation
des prix que l'on
observe en 2009 (liée à l'effet saisonnier, ces mois
étant traditionnellement propices aux transactions) s'est
traduite par une hausse de 6,5% des
prix d'annonce !
En
clair, tout au long de la baisse, les vendeurs ont eu tendance à
maintenir leurs prix avec des variations minimes, et le moindre signe
de stabilisation est perçu comme un redémarrage
définitif et une incitation à relever les prix.
L'euphorie
des vendeurs est toujours exagérée. L'évaluation
d'un bien se fait sur des critères souvent très
subjectifs faute d'une appréciation d'ensemble du marché.
Souvent, le vendeur n'a d'autre base de comparaison que les prix des
annonces pour des biens similaires au sien, qu'il va trouver dans des
journaux. Ces annonces sont souvent elles-même plus chères
que le marché, par effet d'entraînement, et l'on aurait
tort de blâmer le vendeur à la recherche d'un pigeon :
si quelqu'un, par chance, est prêt à payer un prix
surévalué, autant « tenter le coup ».
C'est le raisonnement qui pousse la plupart des vendeurs à
donner leur mandat à l'agence annonçant le prix le plus
élevé. Les vendeurs britanniques procèdent de la
même façon.
 Les
nobles anglais chassent à courre, mais tous les anglais
chassent le pigeon
En
ajoutant à cela la tendance humaine à considérer
que son logis est « mieux » que celui du
voisin, et la volonté des voisins de dissimuler le rabais
consenti, on comprend que les vendeurs seuls soient les plus mal
placés pour définir leur prix. Il ne faut donc pas
s'attendre à ce que les prix d'annonce reflètent
rapidement la réalité. Comble du paradoxe : le
vendeur est plus à même de voir les annonces restant
longtemps à l'affiche, en clair, les annonces trop chères !
Les annonces affichées à un bon prix partent vite, et
échappent donc souvent à sa vigilance.
L'évolution
logique est un accroissement des marges de négociations (à
mesure que le marché se ralentit), avant que les vendeurs ne
réalisent la situation. Sachant que toute nouvelle positive
sera de nature à retarder cette prise de conscience !
Accepter de baisser est souvent un échec pour le vendeur, et
on comprend que cela ne soit pas agréable : si les prix
d'annonce sont déterminés par la psychologie du
vendeur, le prix de transaction est lié au caractère
nécessaire de sa vente, et le vendeur contraint sera plus
flexible pour négocier qu'il ne le sera pour afficher une
baisse.
Voilà
pourquoi les prix peuvent baisser sans que les journaux d'annonces ne
reflètent vraiment cette réalité. Le site de
cotation est important pour déceler, justement, cette prise de
conscience, qui marquera l'entrée des vendeurs dans une phase
plus réceptive aux propositions basses. En attendant, il ne
faudra guère s'étonner de voir des annonces hors de
prix.
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