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Beaucoup
de dictons relatifs à l'immobilier ont été
forgés à l'époque des années 60 et 70, et
reflètent donc des situations vécues par les
générations antérieures. En matière
d'immobilier, beaucoup de primo-accédants souvent jeunes n'ont
comme source d'information que leurs parents, qui prodiguent donc des
conseils légèrement datés.
Les
circonstances, en terme de taux, d'inflation, de prix, ont largement
changé. Avec 2% d'inflation annuelle moyenne depuis 1985,
celui qui empruntait sur 25 ans à plus de 10% en s'imaginant
que les intérêts seraient dévorés par
l'inflation aura fait un très mauvais calcul. Pourtant, il
était de notoriété publique, à l'époque,
qu'il ne faut pas se formaliser, et que la fin du crédit se
rembourse en monnaie de singe... Las ! Celui qui n'aura fait
qu'écouter les dictons en sera pour ses frais, au sens
littéral.
On peut
se gausser des erreurs du passé, mais il faut veiller à
ne pas commettre les mêmes de nos jours. Et la complexité
des offre de prêts s'est accrue, obligeant à d'autant
plus de vigilance lors du choix de son prêt. La prudence
est-elle devenue de mise ? Apparemment pas, si l'on regarde le
comportement vis-à-vis des emprunts variables...
Les
premiers emprunts à taux variables ont été faits
par les Etats, à la fin des années 80, pour attirer les
épargnants qui craignaient que leurs économies ne
s'envolent en fumée, dévorées par l'inflation,
cet ennemi invisible. Les banques, soucieuses de ne pas refaire la
même erreur avec l'argent qu'elles avaient prêté
pour l'immobilier, ont naturellement emboîté le pas, et
proposé aux particuliers d'emprunter eux-aussi à taux
variables.
Ces
formules sont restées relativement confidentielles, et n'ont
vraiment été proposées qu'à partir de la
fin des années 80, et lorsqu'on observe les demandes de prêt,
on peut se demander si ceux qui les contractent en maîtrisent
les tenants et les aboutissants. Souscrire un prêt à
taux variable, c'est réaliser un pari sur les taux : on
gagne d'autant plus que le taux de référence,
généralement l'Euribor, baisse, et les mensualités
ou la durée de remboursement augmentent lorsque ce taux
progresse. Généralement, les variations sont limitées
– on dit cappées – à une amplitude maximale
du taux. Mais comptons sur les banques : lorsque le « cap »
se met en place, elles sont déjà largement gagnantes
par rapport à un taux fixe contracté à la même
période.
Rationnellement,
on gagne à la souscription d'un taux variable lorsque les taux
sont élevés. Néanmoins, et paradoxalement, ce
n'est pas ce que l'on constate lorsqu'on regarde les distributions de
prêt par les banques. On constate également que depuis
qu'ils sont apparus, les souscripteurs sont généralement
gagnants, l'Euribor étant passé depuis 1990 d'environ
11% à 1,77%. Ce qui donne à ces prêts une
certaine attractivité. Néanmoins, plus les taux ont
baissé, plus ils se sont révélés
populaires. On peut le comprendre, l'emprunteur projette sur
l'avenir, en guise d'analyse, la situation du passé récent,
et s'attend à ce que la situation de taux bas que nous
connaissons perdure et s'amplifie.
Lors de
la crise financière, les banques ne se faisant plus confiance,
le taux euribor a remonté sensiblement. Nombre d'emprunteurs
se sont alors retrouvés dans des situations difficiles, leurs
mensualités remontant au-delà de leurs capacités
de remboursement, d'autres voyant la durée du prêt
s'allonger considérablement. Les prêts à taux
variables ont alors connu une très mauvaise presse, et, alors
qu'ils constituaient, d'après Crédit Logement, 18,6%
des crédits distribués en 2005 (taux euribor entre 2 et
2,5%), ils sont tombés à 1,7% en 2008, alors que le
taux euribor culminait cette année là à plus de
5,5%. Les taux variables, perçus comme des arnaques quand les
taux montaient, rendant la situation difficile pour leurs titulaires,
ont moins eu la faveur des emprunteurs, alors que le pari d'une
baisse des taux après un sommet devenait de plus en plus
probable ! Les banques, d'ailleurs, ont eu beau jeu d'en
profiter pour cesser de commercialiser des offres à taux
variables, et les brochures, d'après le site spécialisé
meilleurtaux, n'en contenaient quasiment plus...
Depuis
l'intervention vigoureuse de la Banque Centrale Européenne,
son taux directeur, à 1%, son taux historique le plus bas. En
l'espace de 6 mois, l'euribor, un taux court qui est très
sensible au taux BCE, a plongé, passant de 5,5% à moins
de 1,8%, battant lui-aussi des records de faiblesse.
On
pourrait alors penser que ces taux, à mesure que l'on
s'approche d'une sortie de crise économique, et que
l'inflation redeviendra un souci, seront amenés à
remonter. Les chances d'avoir, sur les 20 ou 25 ans de durée
d'un prêt, des taux supérieurs à leur plus bas
historique, sont élevées : on pourrait donc penser
que la période est la moins propice pour contracter un emprunt
à taux variable...
Et
pourtant, le comportement des emprunteurs va à l'encontre de
ce raisonnement. Ils font en fait exactement le contraire. Toujours
selon Crédit Logement, au mois d'avril 2009, la part des taux
variables est remontée en flèche, atteignant 10,3% !
Les louanges des emprunteurs d'hier, rassurés à nouveau
par la baisse de leurs mensualités, y sont certainement pour
quelque chose, gommant en quelques mois les appels à la
vigilance concernant ce genre de produit. Les taux fixes ayant varié
moins vite, l'écart entre taux fixes et variables a également
contribué à rendre ces derniers plus attractifs, du
moins en apparence. Les banques ont su en profiter, et les offres se
sont multipliées. L'emprunteur qui ne regarde que sa
mensualité initiale, persuadée que c'est un facteur
déterminant, et suivant en cela les conseils de grand-mère
qui l'incitent à ne pas regarder le coût total du
crédit, avec l'espoir que l'inflation soit de son côté,
sera d'autant plus aisément victime de ces prêts.
L'objet
de cet article n'est pas de plaindre la vague à venir des
souscripteurs de ces prêts : chacun est responsable de ce
qu'il signe... Mais simplement de constater, avec consternation, que
la « crise médiatique des prêts variables »
de la fin de l'année dernière n'a aucunement incité
les acheteurs à réfléchir sur les conditions de
leur emprunt. Nous sommes donc prêts pour la revivre d'ici
quelques mois, à mesure que la crise économique
s'estompera : la leçon des « subprimes »
est loin d'être apprise... Ceux qui voudraient acheter malgré
la situation actuelle seraient bien inspirés de bien
comprendre le mécanisme de leur prêt bancaire... On nous
annonçait entre 30 000 et 100 000 emprunteurs mis en
difficulté fin de l'année dernière par le
passage de 3 à 5% de l'euribor... Combien seront-ils à
être étranglés par une remontée à
partir de 1,5% ?
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