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Prévision OFCE :
-23% sur 2 ans. En avril, ne te découvre pas d'un fil :
au contraire, retourne ta veste...
Nos lecteurs baissiers sont
toujours friands de prévisions qui vont dans le sens d'une
chute rapide des prix. La dernière en date, dans la lettre de
l'OFCE, est particulièrement croustillante, avec une baisse de
-23% sur 2 ans. Elle dépasse en cela les prédictions
antérieures, qui parlaient avant la baisse rapide constatée
au deuxième semestre. Néanmoins, il faut garder un sens
critique et ne pas accepter toute prévision uniquement parce
qu'elle semble séduisante.
L'OFCE est un institut de
recherche en économie rattaché à Sciences Po. Il
est a priori indépendant des acteurs du marché
de l'immobilier, et l'on ne peut pas suspecter ses analyses d'un
parti-pris lié à un intérêt direct. On
peut également écarter l'idée qu'ils soient
idéologiquement baissier, néanmoins, certaines de leurs
analyses anciennes contribuent à jeter le doute sur la
pertinence de leurs analyses.
Ainsi, en 2005, on savait
que les prix étaient 50% au-dessus de leur moyenne à
long terme. D'après les courbes de la FNAIM, les prix
n'étaient alors pas différents de ceux que l'on
constate aujourd'hui... L'OFCE excluait néanmoins l'hypothèse
d'une bulle immobilière en formation : dans un document à
l'attention du Sénat, l'OFCE annonçait la couleur :
« le marché
de l'immobilier n'est pas sujet à une
bulle et la hausse des prix, bien que vive, n'est pas
déraisonnable ».
Le document faisait alors un
tour d'horizon des facteurs de détermination du prix de
l'immobilier, en soulignant que la dette accrue des ménages ne
représentait pas de danger, avec cette analyse
rétrospectivement amusante sur les banques :
« Or, il semble
bien que l'exposition des banques au risque de défaut des
ménages n'ait jamais été aussi faible. [...]
Enfin, les banques ont la possibilité
de se protéger en transférant le risque de crédit
à d'autres acteurs grâce à la titrisation
: transformée en titres, la dette hypothécaire d'un
ensemble de ménages peut être cédée à
d'autres agents sur les marchés financiers. Etant donnés
le développement de techniques plus performantes de gestion
des prêts hypothécaires et la volonté des
investisseurs de diversifier leur portefeuille, la titrisation des
actifs hypothécaires a pris de plus en plus d'importance
récemment. »
Ce
document croquignolesque est encore disponible sur le site de la
Haute Assemblée. Une lecture aride, mais intéressante
car elle montre bien qu'il est tout à fait possible d'étayer
les conclusions ci-dessus d'une façon très crédible.
Que peut-on lire maintenant,
dans leur dernière analyse ? Eh bien, que la magie de la
titrisation n'opère plus. Bien au contraire, ces pratiques
sont fustigées, et présentées comme un facteur
aggravant : « La crise a pris une telle ampleur
parce que les pertes occasionnées par
les subprime, au
lieu d'être diluées et réparties sur de nombreux
portefeuilles, ont été
concentrées dans les bilans des banques. »
Le paragraphe suivant frappe
le lecteur comme un coup de massue : « [Le système
de titrisation] est devenu destructeur avec l'instauration d'un
climat d'euphorie engendré par la
bulle immobilière, qui a poussé de manière
évidente à la sous-évaluation les risques
pris. » Ah, la bulle dont l'OFCE niait l'existence aux
États-Unis quelques
mois avant son éclatement, leur apparaît maintenant
incontestable...
Il ne s'agit pas de jeter la
pierre à l'OFCE en particulier, ou de discréditer ses
dernières prévisions chiffrées : personne
n'est infaillible, et ils ne sont pas le seul à avoir fait
preuve de courte vue en matière de crise immobilière.
Néanmoins, la prédiction des -23% a été
largement reprise dans la presse, souvent sans trop de réflexions
--- ou même simplement d'explications --- sur la méthode
ayant permis d'obtenir ce chiffre. La signature de l'OFCE semblait
suffire pour justifier que sa prévision soit mentionnée
: le lecteur attentif ne se laissera pas tromper et ne cédera
pas à la facilité de l'argument d'autorité, même
quand les chiffres semblent plaisants.
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