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Faut-il acheter maintenant que la
baisse est venue, après avoir été si longtemps
attendue ? Les prix d'annonce vont s'orienter, à leur tour, à
la baisse, mais il faut se garder de toute réaction
précipitée.
Même si les notaires persistent à
ne pas voir de baisse, en sortant leurs chiffres les plus à
jour portant sur des compromis signés près d'un an plus
tôt, la réalité de la baisse n'échappe à
aucun observateur sérieux du marché actuel.
Les agents immobiliers, terrifiés
par la chute inédite des transactions, notamment depuis
septembre 2008, ne cessent de presser leurs clients vendeurs à
réviser leurs prétentions à la baisse. Ils n'ont
pas été aidés jusqu'ici par les communiqués
triomphants de la FNAIM annonçant que la baisse n'aurait pas
lieu. Celle-ci ayant changé son fusil d'épaule, et les
médias avec elle, leur tâche sera plus aisée dans
les prochains mois, et les baisses, jusqu'ici constatées
uniquement au niveau des valeurs de transaction, vont commencer à
se répercuter sur les prix d'annonce.

Comme la cavalerie, les statistiques des notaires arrivent toujours en retard... (image D. Monniaux)
Après "dépêchez-vous
d'acheter avant que ça ne soit trop cher !", voici le
temps du "dépêchez-vous d'acheter avant que ça
ne remonte !"
Les acquéreurs potentiels seront
alors bombardés de messages incitant à l'achat,
soulignant que la baisse est faite, et qu'il faut s'empresser de ne
pas rater le coche avant que les prix ne remontent.
Pourtant, il faut se rappeler que les
prix de l'immobilier résidentiel suivent, sur le long terme,
une tendance proportionnelle aux revenus. Certes, les Français
s'enrichissent chaque année, et il est donc naturel que les
prix augmentent structurellement... Mais après la hausse que
nous avons connue, les prix sont tellement surévalués
par rapport aux revenus que les différents scénarii de
baisse ne laissent aucunement présager unrebond violent par la
suite.
Aucune des hypothèses de la
FNAIM ne prévoit plus de hausse durant les prochaines années
Si l'on regarde les quatre scénarii
publiés par la FNAIM dans sa lettre de conjoncture de janvier
2009, on peut constater qu'ils font diverses prévisions
jusqu'en 2012, sans se prononcer sur la probabilité associée
à chacun. Les deux premiers, qui tablent sur une récession
d'un ou deux ans, font état de 17% de baisse, le troisième
de 34% de baisse, tandis que le dernier, qui anticipe visiblement la
fin immédiate de la crise économique, n'envisage que
10% de baisse durant les 3 prochaines années.
Dans le scénario le plus
optimiste, on pourrait croire qu'il est alors intéressant
d'acheter si l'on peut parvenir à obtenir dès
maintenant une baisse sensible, et l'on présentera des remises
de 10% comme exceptionelles. Il faut toutefois garder à
l'esprit que les baisses dont parle la FNAIM s'appliquent sur les
prix de transaction, qui ne sont pas les prix d'annonce.
Par exemple, si l'on regarde les
transactions annoncées en décembre 2008, toujours par
la FNAIM (les chiffres des notaires n'étant disponibles
qu'après le retour de Marlborough), on voit pour Brest du 1
637 euros du m² (appartement et maison confondus), alors que le
prix médian des annonces est de 1 750 euros. Les transactions
s'y font déjà, en moyenne, 6% sous le prix d'annonce.
Une baisse annoncée de 10% ne correspond pas du tout à
ce que l'on est en droit d'attendre. Même dans le scénario
le plus optimiste de la FNAIM, on ne gagne à acheter
maintenant que si les prix d'annonce baissent de 15%.
Le cas de Brest est encore l'un des
plus avantageux : il ne s'agit pas d'une ville où les
anticipations haussière sont très fortes, et l'écart
entre prix d'annonce et prix de transaction peut être bien plus
grand. A Toulouse, par exemple, la FNAIM nous révèle
que le prix moyen des transactions y a été de 2 757
euros, quand les prix d'annonce montrent une médiane qui, bien
qu'en baisse, reste à 3 300 euros. Exiger une baisse de 10%,
c'est vouloir transiger à 2 500 euros, soit 25% sous les prix
d'annonce.
Les baisses auxquelles nous allons
assister les prochains temps vont être des leurres : elles ne
concerneront que les prix d'annonce, et seront, dans les villles les
plus saisies par la spéculation immobilière,
insuffisantes pour simplement rattraper les prix de transactions !
L'acheteur qui voudrait faire une affaire devra garder cela à
l'esprit.
Garder la tête froide est
d'autant plus dur qu'il y a un effet d'habitude qui fait que l'on
oublie rapidement quels étaient les prix pratiqués à
peine quelques années auparavant, et que l'on peut facilement
croire qu'un début de baisse représente un progrès
significatif...
Aucun des scénario
(optimistes) ne donne la location comme perdante ces deux prochaines
années
En cas de réalisation d'un des
scénarii les plus réalistes (entre -20% et -35%),
acheter trop vite serait une erreur, même si une offre
réellement intéressante se présentait. Il
importe donc dès maintenant à chacun de faire son
estimation de la baisse à venir, pour déterminer son
niveau d'achat. Le marché se retourne, et c'est là
qu'il est important d'êtrevigilant : il serait stupide d'avoir
attendu une baisse pour ne profiter au final que d'une ristourne
symbolique !
Aucun des scénarii n'envisage en
tout cas de reprise de la hausse avant 4 ans. Et c'est bien justifié
: par rapport aux revenus, si la baisse reste contenue, il faudra
qu'elle soit suivie par des années de stagnation, le temps que
la croissance reparte. Et si les taux restent bas, ce sera pour
soutenir l'économie, donc que celle-ci ira mal. Et qui dit
économie en berne dit inquiétude des acheteurs, voire
hausse du chômage et baisse du pouvoir d'achat... Autant de
facteurs qui modèreront une éventuelle reprise des prix. Nous risquons
d'entendre bientôt un discours pernicieux présentant la
baisse comme une anomalie, et incitant à acheter avant que les
prix ne retrouvent leur rythme de progression normal. Cet argument
risque de convaincre la plupart des jeunes acheteurs, qui n'ont connu
qu'un marché fortement haussier, et qui manqueront de repères
pour se fixer un prix d'achat. Il faut se souvenir, d'après le
graphique établi par J. Friggit, qu'il faut une baisse de 35%
par rapport au pic de 2008 pour réintégrer une
valorisation habituelle de l'immobilier par rapport aux revenus...
Cette baisse peut être composée d'une baisse de 10% sur
2 ans, suivie de 10 ans de stagnation alors que les revenus
augmentent progressivement. De même qu'elle peut être
constituée d'une baisse brutale, suivie d'une reprise de la
hausse suivant l'évolution du revenu.

Une baisse
légère ne suffira pas à réintégrer
le tunnel de hausse historique moyenne (source J. Friggit)
Dans le scénario favori de
Cotation Immobilière, tout comme les différents
scénarii proposés par la FNAIM, on voit se dégager
un consensus : l'achat est à proscrire durant les 2 prochaines
années, pour bénéficier du maximum de la baisse,
et aviser à ce moment là des perspectives économiques,
pour tabler soit sur une longue stagnation, soit sur une poursuite de
la baisse (et éventuellement son accélération).
Dans le pire des cas, avec deux années envisagées à
-5%, la baisse qu'anticipe la FNAIM est supérieure au coût
du loyer durant les deux années à venir : attendre,
dans ce scénario du pire, ne fera rien gagner, ni rien perdre.
Face à un risque nul, pourquoi ne pas se donner le temps
d'analyser la situation ?
L'achat en début de baisse n'est
pas forcément une erreur, en fonction de sa situation
personnelle, de la zone de recherche, et des capacités de
résistance du vendeur. Nous verrons la semaine prochaine les
critères permettant de déterminer les zones les plus
exposées à la baisse, et donc celles où il est
le plus intéressant de louer. Ce ne sont pas les zones les
plus demandées qui seront les plus protégées :
on se souviendra ainsi qu'à Paris lors du dernier krach, le
VIIIe arrondissement, l'un des plus cotés, avait connu une
baisse de 50%...
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