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Dans
un effort pour soutenir le système financier, les banques
centrales ont baissé radicalement leur taux, de manière
concertées ou autonomes. Des mesures qui n'auront probablement
qu'un impact limité sur le marché immobilier.
La
hausse des taux immobiliers que nous observons depuis 2006 a été
causée, en apparence, par la hausse des taux directeurs de la
zone euro : si les banques empruntent leur argent plus cher, il est
naturel qu'elles répercutent ses hausses sur les prix
pratiqués aux clients. L'inverse semble également vrai
: en ayant accès facilité à l'emprunt, on
pourrait penser assister à une nouvelle vague de baisse des
taux. Le mécanisme est toutefois un peu plus compliqué...
Un
souffle d'air frais pour les emprunteurs à taux variables
Les
emprunts à taux variables sont en leur immense majorité
indexé sur l'Euribor. Ce dernier, le taux auquel les banques
se prêtent mutuellement de l'argent, n'est pas uniquement lié
au taux directeur de la BCE. Avec les craintes sur la solidité
des banques, ces dernières étaient réticentes à
prêter à leurs consoeurs, et quand elles acceptaient,
elles exigeaient en échange des intérêts élevés.
L'Euribor a donc monté bien plus vite que les taux directeurs.
De nombreux emprunteurs à taux variables ont donc vu leurs
mensualités être très fortement révisées
à la hausse. L'action des autorités monétaires a
eu pour objet de renforcer la confiance dans les banques, qui sont
maintenant moins réticentes à se prêter,
entraînant un reflux de l'Euribor. Toutefois, le repli ne fait
que corriger un excès ponctuel, et n'affecte que les prêts
en cours, en réduisant les effets ravageurs de l'indexation à
la hausse.
Les
crédits variables nouveaux ne sont guère affectés
: ils sont morts.
 Taux
variables : Requiescant In Pace
En
effet, l'un des attraits des taux variables, en plein coeur de
l'euphorie immobilière des années passées, est
qu'ils étaient proposés à des taux inférieurs
aux taux fixes. Les dossiers les plus fragiles, qui ne pouvaient
faire face à un taux fixe trop élevé, trouvaient
une planche de salut dans les taux variables. Mais ces taux
attractifs, faibles, étaient la contrepartie d'un risque
encouru par l'emprunteur : celui d'un rebond des taux. Désormais,
on considère que l'Euribor va baisser dans les prochains
temps. Il est donc naturel que les banques qui consentent à
prêter à taux variables exigent des taux plus élevés
au départ, puisqu'elles s'attendent à ce que les
intérêts qu'elles vont toucher baissent à
l'avenir.
C'est
pourquoi les taux des prêts variables, tels qu'annoncés
par le courtier MeilleurTaux.com, sont actuellement plus élevés
que les taux fixes (de 0,10 à 0,20%). Leur attractivité
a donc disparu : la plupart des banques n'en proposent d'ailleurs
plus, et ces prêts n'auront plus guère d'impact, durant
les prochaines années, sur le marché immobiliers.
S'ajoutent
à ces considérations rationnelles l'impact
psychologique de la hausse des taux que nous avons connue : les
médias ont largement relatés les affres d'emprunteurs à
taux variable piégés par des contrats qu'ils ne
comprenaient pas, et la crainte qu'ont suscitée ces reportages
contribuera pour longtemps à entretenir la défiance
envers les prêts à taux variables. Ainsi, d'après
l'observatoire CSA/Crédit Logement, la part des crédits
à taux variable est passée de 21% à... 1%.
Les
crédits immobiliers fixes ne profiteront pas de la baisse des
taux directeurs.
Les
crédits à taux fixes sont moins sensibles aux
variations des taux directeurs. Il suffit pour s'en rendre compte de
regarder les évolutions comparées des taux : de 2003 à
2005, la BCE a maintenu son taux directeur fixe, et l'a augmenté
à partir de là, notamment en 2006. Sur ces quatre
années, les taux immobiliers concédés aux
particuliers n'ont fait que descendre, passant d'une moyenne de 5,10%
à 3,56%...

Pourquoi
cette baisse ? Car le marché des particuliers est, pour les
banques, un marché très versatile et concurrentiel, et
le prêt immobilier y constitue un produit d'appel de premier
choix. Et ce d'autant plus que la plupart des gens, une fois leurs
revenus domiciliés dans l'établissement qui leur a
consenti un prêt, ne font plus la démarcher d'aller
chercher ailleurs. Le prêt immobilier est un bon produit pour
rendre une clientèle captive. Les banques ont donc décidé
de diminuer leur marge, voire de pratiquer des marges négatives,
pour attirer le client.
On
se doute bien que cette ère est révolue alors que la
crise financière bat son plein : un sou est un sou pour les
banques, et il leur était urgent de reconstituer les bénéfices
sur les taux. D'après la Société Générale,
la hausse des taux que nous avons connue jusqu'au milieu de l'année
2008 était liée exclusivement à cette nécessité,
l'augmentation des taux directeurs n'ayant eu qu'un effet très
marginal. Dès lors, leur baisse ne fait qu'atténuer les
hausses à venir, mais ne risque pas d'entraîner à
court terme de baisse des taux, du moins pas tant que les inquiétudes
sur le secteur bancaire ne se soient dissipées.
La
comparaison américaine : des baisses des taux massives et sans
effet.
La
BCE est bien timide dans sa baisse comparées à son
homologue américaine... Celle-ci a baissé ses taux de
4,75% à 1% au cours des 13 mois écoulés pour
tenter de limiter la désaffection de l'immobilier... Les taux
sont passés de 6,38% à 6,04%... Une baisse très
symbolique ! Et ils ont remonté à leur plus haut
niveau ces dernières semaines... Avec la baisse de
l'immobilier qui se constate sur le marché américain
(25% à 30% en moyenne), l'hypothèque n'offre plus
qu'une garantie toute relative pour la banque. Elle n'est plus sûre
de rentrer dans ses frais en cas de problème de
remboursement... Dès lors, elle exige une « prime
de risque » sur son prêt bien plus importante que
par le passé. Prime qui a compensé les baisses massives
de taux pratiquées par la Fed.
Si
aux Etats-Unis, la baisse est largement d'actualité, elle ne
fait que se profiler en France : les prévisions pour 2009
varient entre une baisse de 5% à 15%, voire pire s'il y a
récession (une hypothèse qu'il serait absurde
d'exclure). Les primes de risques sont donc amenées à
monter de notre côté de l'Atlantique également,
et l'on peut penser que les taux fixes ne retrouveront pas rapidement
les taux exceptionnellement bas que l'on a vu en 2006.
Par
conséquent, il serait vain d'espérer qu'une
amélioration du crédit redonne du pouvoir d'achat
immobilier : la période d'inflation des prix immobiliers
est révolue, et ceux qui voudront vendre devront s'accommoder
d'une clientèle bien moins solvable que par le passé.
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