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Dans notre dernière colonne, nous avions incité les
acheteurs à ne pas être leurrés par des baisses
de prix d'annonce, qui ne sont en fait que des trompe-l'oeil.
Toutefois, dans certains cas, l'achat en début de baisse n'est
pas forcément pénalisant : il n'est pas nécessaire
d'attendre partout le « point bas » du marché.
En fonction des attentes de baisse de chacun, quels sont les biens
les plus à risque ?
Pourquoi ne pas attendre le point bas ?
Comme dans tout marché,
il est idéal d'acheter au plus proche du creux des prix, au
plus fort de la crise, quand les biens immobiliers seront sur le
point de repartir à la hausse. Même en l'absence de
volonté spéculative, c'est ainsi qu'on limitera les
risques de moins-value en cas de revente contrainte par les circonstances de la vie,
quelques années plus tard. Il s'agit donc d'un principe de bon
sens pour limiter les risques liés à l'investissement,
souvent le plus important jamais réalisé par les
primo-accédants. Néanmoins, il est très
difficile de prévoir le moment exact de ce point bas. On peut
le faire par des méthodes empiriques approximatives :
ainsi, l'OCDE a constaté que souvent, les phases de hausse et
de baisse ont des durées moyennes symétriques, de sorte
que la hausse des prix suit une tendance long terme à la
hausse légère, en raison d'exigence de surface par
personne supérieure, de la hausse globale du pouvoir d'achat,
et de la relative difficulté de construire dans les centres
urbains recherchés. Les cycles immobiliers varieraient donc,
parfois de manière importante, autour d'une tendance longue,
ce que le tunnel de J. Friggit confirme pour la France depuis 1965.
Si l'on se base sur ces hypothèses, et que l'on considère
que la hausse a duré de 1998 à 2008, on pourrait
estimer le point bas à 2018. On retrouverait alors des prix
certes supérieurs à ceux de 1998, même une fois
l'inflation prise en compte.
Toutefois, l'attente n'est pas
forcément une stratégie gagnante, car le recul
statistique sur les cycles immobiliers, de longue durée, est
faible... et il n'est pas impossible que le point bas se produise
quelques années plus tôt. La stratégie de
l'attente aura donc échoué, l'acheteur s'engageant sur
le marché alors que les prix sont déjà repartis
à la hausse. De même, et c'est le risque le plus
important, il est possible que les dernières périodes
de baisse ne soient plus qu'une baisse symbolique, et que le coût
de l'attente soit très supérieur au gain espéré.
Tout dépend de la façon dont la baisse se produit, et
du coût de cette attente, qui va dépendre à la
fois des conditions de logement et de l'apport personnel de
l'acheteur. Les situations individuelles doivent être prises en
compte.
Si la fin de baisse est longue et modérée, il
peut être rentable d'acheter plus tôt
Prenons l'hypothèse d'une
baisse conforme à ce qu'a constaté l'OCDE dans les
cycles précédents, et tablons sur une symétrie
de la hausse. Nous devrions attendre une baisse de 42%
entre le point haut et le plus bas, une fois
rapporté au pouvoir d'achat. En cas d'atterrissage en douceur,
on pourrait imaginer une baisse régulière de 5% par an
pendant 10 ans. Dans un tel scénario, le gain que l'on obtient
en reportant chaque année l'achat à l'année
suivante doit être comparé au coût du logement
sans achat, et au profit tiré du placement de l'apport.
Prenons un cas théorique simplifié pour illustrer les
choses : quelqu'un qui occupe un appartement dont la rentabilité
locative est de 3,5%, « perd » 3,5% en
n'achetant pas. Il n'a donc pas intérêt à acheter
tout au long de la période de baisse. Maintenant imaginons que
la baisse soit identique, le point bas identique, mais que la baisse
se constitue de 4 années à -10% et 6 années à
-2% (ce qui correspondrait en terme de prix courants à une
simple stabilité), il n'aura pas intérêt à
différer son achat plus que 4 ans. Et ce d'autant plus qu'à
mesure que les prix baissent, la rentabilité de l'achat
augmente. Le bien qu'il occupe, avec sa rentabilité de 3,5%,
aura une rentabilité de 5,3% au bout des 4 années de
baisse initiale.
Autant il est important de ne
pas prendre des vessies pour des lanternes et de ne pas acheter
trop tôt, autant il est important de pas attendre
« idéologiquement » le point bas, ou de
rester sur des hypothèses de rentabilité qui évolueront
au fil du temps. On peut faire un parallèle avec le marché
boursier : après une forte baisse, nombre d'investisseurs
se sont écartés du marché, persuadés
qu'il est stupide d'acheter alors que les prix vont continuer à
baisser... et oublient de prendre en compte les revenus liés
aux actions, et ne reviennent que trop tard sur le marché. La
comparaison ne peut se faire directement, car la spéculation
sur le marché immobilier n'est pas autant assumée que
sur le marché des actions, mais il ne fait aucun doute qu'il
se trouvera autant de gens pour dire « tu es fou
d'acheter, alors que ça baisse » qu'il s'en est
trouv�s pour recommander l'achat au plus haut : « dépêche-toi
d'acheter, ça n'arrête pas de monter ! ».
Compte tenu de la baisse rapide
constatée par la FNAIM (l'indice est passé de 206 en
mai 2008 à 179 en décembre, soit 13,1% de
baisse en sept mois), de
l'absence de perspectives positives à court terme pour le
marché immobilier, d'un accès au crédit qui
reste compliqué (la baisse très relative des taux
s'accompagnant d'un durcissement des conditions d'accès) et
d'une crise économique de nature à augmenter le chômage
et donc de diminuer les revenus des acheteurs, on ne peut exclure que
cette correction violente se poursuive, et qu'il faille donc suivre
le marché à court terme, même si le point bas ne
doit être atteint que bien plus tard.
Il n'est de plus pas évident
que la baisse soit monotone, et un ralentissement de la baisse, voire
une légère reprise, pourra être perçue
comme le point bas... Là aussi, il faudra faire attention et
regarder si le point de stabilisation des prix correspond à un
point où il est rentable d'acheter en fonction de la durée
de détention escomptée et de la rentabilité
atteinte. Le graphique ci-dessous illustre trois scénarii de
baisse conforme à un scénario de retour dans la moyenne
à long terme des prix...

En
fonction du coût du loyer, du crédit et de la
rémunération de l'apport, il pourra être
intéressant d'acheter à différents moments de la
baisse. Seuls ceux pour qui la rémunération de l'apport
couvre l'intégralité du coût du logement
gagneront à attendre le point bas absolu. Ce n'est pas le cas
le plus courant.
Un apport personnel important permet d'attendre plus longtemps
Plus l'apport personnel est
important, plus sa rémunération comparée au coût
du logement est importante. La prudence élémentaire
conduit à ne pas placer l'apport destiné à un
bien immobilier sur des marchés à fort risque, car il
faut que l'apport soit mobilisable lorsqu'on souhaite acheter. Et
autant les conditions de rémunération des fonds
monétaires sont devenues faibles, en raison des efforts des
banques centrales pour lutter contre l'assèchement du crédit
aux entreprises, autant reste-t-il de nombreuses opportunités qui
permettent d'obtenir des rendements acceptables, surtout en regard
des rentabilités locatives offertes. Même des
rémunérations historiquement faibles de l'ordre de 2,5%
« annulent » entre la moitié et les
deux-tiers du coût du logement. Mais rares sont les gens qui
disposent d'un apport important : le cas concernera
essentiellement les CSP supérieures et les gens qui auront
vendu pour racheter...
Le coût du crédit doit être pris en compte :
une remontée des taux peut inciter à anticiper l'achat
L'analyse de l'impact du coût
du crédit est plus complexe. Plus les taux sont élevés,
bien sûr, plus le coût total de l'acquisition est
important. Il est néanmoins difficile d'en faire une lecture
directe, sachant que les obligations d'information sur le coût
total du crédit montrent une somme totale, qui ne sera payée
que sur la totalité de la durée du prêt, soit 20
ou 25 ans, une durée qui fait que l'inflation, même
faible, diminuera sensiblement le coût total réel. Autre
élément introduisant de la complexité : le
crédit est amortissable, ce qui fait que la part d'intérêt
et de capital que l'on paye varie en fonction du temps... et l'on
sait bien que rares sont les crédits immobiliers qui arrivent
à leur terme. La moitié des biens sont revendus avant 9
ans d'après des statistiques anciennes du ministère de
l'Équipement, et les chiffres diffusés par les réseaux
d'agences indiqueraient même que cette valeur est tombée
à 7 ans... une durée sur laquelle la part d'intérêt
est prépondérante ! Le coût du crédit
est donc maximal si l'on conserve le bien pour une courte durée,
un risque qu'il est parfois difficile d'évaluer. Si la
politique de taux conduit à un assouplissement record et
ponctuel, il pourra être intéressant d'anticiper la
décision d'achat de crainte que les taux ne soient supérieurs
par la suite. Mieux vaut acheter un bien à 100 avec un prêt
à 3% qu'un bien à 90 avec un prêt à 5%, et
ce dès la première année ! L'acquéreur
devra donc être vigilant sur les taux du crédit, surtout
face à une anticipation de relèvement des taux. Cette
hypothèse est d'autant plus crédible que l'on ne verra
pas le marché immobilier redémarrer sans une reprise de
confiance des acheteurs, et donc avant la fin de la crise économique
actuelle, et qu'un redémarrage de l'économie
s'accompagnera d'une remontée des taux directeurs.
Une baisse des loyers peut conduire, inversement, à
retarder l'achat
Les loyers n'ont pas connu une
évolution outrancière comme les prix de vente de
l'immobilier. Bien plus directement liés aux revenus, ils ont
certes augmenté plus vite que l'inflation ces dix dernières
années, mais la hausse réelle moyenne est faible. Il
ne faut donc pas s'attendre à un krach locatif... sauf dans
les zones de forte construction sans réelle demande. Car si
l'on regarde le développement du parc locatif neuf,
particulièrement celui ayant fait l'objet d'importantes
incitations fiscales, on constate qu'un grand nombre de résidences
ont été construites dans des villes où la
demande locative était très basse. Dans ces zones, on
ne peut exclure un krach locatif, vu que les propriétaires
préfèreront louer peu cher que de d'avoir un logement
vacant... Mais cette situation particulière est très
localisée, et ne peut être généralisée.
La seule perspective de baisse significative et globale des loyers,
ce serait qu'une aggravation de la crise ne conduise à une
hausse importante du chômage, réduisant la demande de
logements chers... Nous en sommes encore très loin !
Conclusion : il faut recalculer le choix achat/location
très régulièrement
La rentabilité de l'achat
évoluant favorablement à mesure de la baisse des prix,
il est important de ne pas rester sur des conclusions valables au
début de la baisse, et de rater des opportunités. C'est
d'autant plus vrai que la baisse débutera par un krach, suivi
d'une longue période de marasme (à la façon du
marché de province après 1985). La longueur et
l'importance de la hausse, ainsi que la violence du retournement
constaté depuis le mois de mai, rendent l'hypothèse de
l'atterrissage en douceur beaucoup moins crédible. Il est donc
important de ne pas arrêter de surveiller le marché même
si l'on sait que le point bas est encore devant soi. Acheter avant le
point bas, donc en période de baisse, ne sera pas
nécessairement un mauvais choix. Autant nous avions dit que la
précipitation serait mauvaise conseillère, autant nous
disons la même chose au sujet de la procrastination !
Certaines circonstances
(personnelles, géographiques) peuvent également inciter
à anticiper l'achat et à ne pas rechercher le point
bas. Nous y reviendrons la semaine prochaine.
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