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La vacance
locative (qu'on pourrait appeler pénurie de locataires), en
progression dans certaines région, a fait l'objet récemment
de commentaires dans la presse. Souvent, cette vacance est décrite,
mais rarement expliquée, comme s'il s'agissait d'une fatalité,
qui progresse dans les régions comme les termites progressent
vers le nord de la France à mesure que le climat se réchauffe.
Pourtant, souvent, ces vacances ne sont que le fruit
d'investissements mal pensés. Quelques précautions à
garder à l'esprit avant de louer...
Réference de l'article : Locations, loyers en baisse et vacance en hausse
La vacance
locative est un risque mesurable.
On a ainsi pu
lire dans un article récent des Echos la reprise d'un rapport
alarmiste de l'Union nationale des propriétaires immobiliers
(UNPI) sur la progression de la vacance locative en France. Selon
cette association, représentant essentiellement des bailleurs
de grande envergure – ils louent en moyenne six appartements –
on constaterait des délais moyen d'un an entre deux locations
à Poitiers, et dix-huit mois à Digne. Près du
quart des départements évolueraient vers une situation
de vacance des biens à louer. L'article présente cette
situation comme une fatalité. Il n'en est rien, l'évolution
vers la vacance est un phénomène tout à fait
prévisible et mesurable.
La vacance
locative, preuve d'un excédent de logement...
Cette nouvelle
fera sourire ceux de nos lecteurs qui ont apprécié
l'article sur le mythe de la pénurie de logements : si
l'on manquait tellement de logements à l'échelle
nationale, indépendamment de critères de prix, on
pourrait s'attendre à ce que ces locations soient très
recherchées par les ménages désireux de
s'établir. En pratique, elles trouvent difficilement preneur.
Mais au-delà du plaisir mesquin qu'il procure, l'article est
intéressant car il présente cette situation comme une
fatalité. Elle est certes très difficile à vivre
pour un bailleur locatif qui se trouve privé de ses revenus
alors même qu'il n'a pas forcément entièrement
remboursé le bien, mais il est absurde de s'en étonner,
surtout en regardant d'un peu plus près les exemples donnés.
Les
rendements locatifs ne sont pas les mêmes partout : les
risques non plus.
Aurait-on
soudainement oublié que l'investissement locatif, s'il
présente un rendement généralement supérieur
à celui des investissements tranquilles comme les emprunts
d'Etat, présente également des risques supérieurs ?
Ces risques sont liés tant aux problèmes liés à
l'activité (travaux du logement, problème pour
percevoir les loyers d'un locataire indélicats..) qu'au risque
de simplement ne pas trouver de client. On remarquera que dans
l'imaginaire collectif, les risques sont souvent très mal
évalués. On aura tendance à grossir le trait des
situations les plus rares et les plus caricaturales, comme celle du
locataire inexpulsable se maintenant des années dans les
lieux, ou de la famille qui dégrade les lieux au point de
rendre le bien inhabitable... : ces cas sont rares, et leur coût
global représente moins de 5% de la masse des loyers
encaissés. Pas de quoi, donc, affecter grandement la
rentabilité moyenne de l'immobilier locatif (même si un
accident peut avoir, ponctuellement, des conséquences
dramatiques pour le bailleur dont les revenus ne sont pas assez
diversifiés) .
La
démographie et le dynamisme économique, les paramètres
essentiels pour le bailleur.
Le principal
risque qu'encourt le bailleur, sur le très long terme, c'est
la baisse d'attractivité à long terme de son bien.
Louer, certes, mais à qui ? Il faut que le bien séduise
le chaland. Les travaux et l'entretien effectué régulièrement
contribuent à limiter la perte d'attractivité d'un bien
par rapport à ses concurrents immédiats, mais il existe
une part de risque liée à l'évolution du marché
locatif.
Prétendre
que ce marché locatif était imprévisible est
ridicule : quand on regarde la liste des départements
menacés par la vacances, on retrouve un grand nombre de zones
démographiquement et économiquement sinistrées,
ou inversement, de zones où les programmes de construction ont
été sans commune mesure avec le marché. Il est
évident que sauf renversement de tendance inattendu,
l'ensemble du marché locatif de ces régions est à
amené à régresser : toujours autant de
biens à louer – voire plus, puisque la construction y
est parfois vigoureuse – et toujours moins de locataires... Le
marché local doit subir un ajustement pour refléter ce
nouvel équilibre.
Le mythe des
rendements locatifs bruts a aveuglé plus d'un investisseur.
A regarder les
comparatifs hâtivement publiés, on pourrait croire que
des régions comme Tulle ou Aurillac présentent un
attrait locatif extraordinaire : en comparant simplement les
loyers avec les prix d'achat, l'acquéreur naïf pourrait
se persuader de faire une bonne affaire : le rendement y est
supérieur à la moyenne nationale. Néanmoins,
c'est également le cas du risque. Ceux qui prennent
l'initiative d'acheter dans ces zones prennent un risque plus grand,
celui de ne pas trouver de locataire, risque qu'ils ne prennent que
parce que le rendement espéré est supérieur, et
donc attractif. Lorsque le risque se réalise, il ne faut pas
se plaindre : il est la seule justification, et la contrepartie,
du rendement.
Revenons sur
les deux exemples cités par l'UNPI, et repris au début
de cet article.
L'exemple de
Digne : chronique d'un étranglement annoncé.
La ville de
Digne serait dans une situation délicate. L'investisseur aura
pris soin de se documenter sur la ville où il compte acheter
un bien. Digne compte 7 200 ménages, un nombre
relativement constant depuis 20 ans. En 2006, la commune encourage la
construction de logements et l'on découvre aujourd'hui qu'il y
aurait 1 500 logements locatifs qui ne trouvent pas preneur.
Comment s'en étonner ? Les acheteurs pensaient-ils que le
marché de la location (qui concerne donc 3 500 ménages,
soit une rotation d'environ 1 000 chaque année) allait
pouvoir supporter sans broncher l'arrivée de plusieurs
milliers de constructions neuves en un temps très court ?
Ce ne se sont d'ailleurs pas forcément les nouveaux entrants
qui sont les premières victimes : leurs biens font
concurrence, naturellement, au parc de logements anciens... Avec une
offre plus abondante par rapport à une demande constante, les
prix doivent s'ajuster à la baisse, et le rendement avec eux.
Croire que l'on peut maintenir à long terme à la fois
des rendements élevés et un risque faible est une
illusion.
L'exemple de
Poitiers : une pyramide des âges qui dit tout.
Autre
exemple cité par l'UNPI qui ne surprend personne : la
durée de la vacance locative dans la capitale pictave. Si l'on
regarde la démographie, on remarque que la ville voit sa
population s'accroître, et qu'elle est assez nombreuse pour
animer le marché locatif. Rien qui ne doit donc effrayer
l'investisseur. Néanmoins, en regardant la pyramide des âges
locale, on constate que 43% de la population a entre 20 et 40 ans,
contre 28% en moyenne nationale. On remarque que le parc locatif est
lui aussi déformé : 22% des logements y sont des
studios contre 6% en moyenne nationale. Il ne faut pas en conclure
que les habitants de Poitiers sont tous de chauds lapins amateurs de
petits logements, la réalité est bien plus simple :
la part d'étudiant dans la population y est importante. Et qui
dit parc locatif important pour les étudiants, dit que les
logements étudiants qui ne trouvent pas preneur une fois passé
octobre, risquent fort de rester libre durant un an. On pourra
ajouter également les baux d'une durée de 9 ou 10 mois
qui y seront plus fréquent que la moyenne, en raison de la
rotation importante des étudiants dans la ville, laissant les
mois d'été vacants. Autant de facteurs qui expliquent
naturellement le taux de vacance élevé d'une ville
comme Poitiers. Quel intérêt, donc, de vouloir « tirer
la sonnette d'alarme » sur cette situation tout à
fait normale ? L'investisseur n'est pas sot, il sait que s'il
peut tirer un bon loyer d'un investissement en studios d'étudiants,
c'est au prix d'un risque : celui de louer à une
clientèle plus mobile. La régularité de ses
revenus n'étant pas assuré, ce risque n'est pris que
s'il est mieux rémunéré, par un rendement moyen
plus important.
Conclusion :
avant de réaliser un investissement locatif, il est important
de bien en connaître l'environnement.
Les
deux exemples que cite l'UNPI sont donc de parfaites illustrations
d'un mécanisme très simple : louer un appartement
est très rentable, mais impose un certain nombre de
contraintes, et implique un certain nombre de risques. Regarder
simplement le rendement en faisant abstraction du risque est une
aberration en terme d'investissement : en procédant de
même, on conclurait qu'acheter un billet de Loto est le
meilleur des placements. Se plaindre que le risque se réalise,
c'est avouer que l'on est un investisseur incompétent, et il
vaudrait mieux s'en cacher que le claironner dans la presse...
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