|
Le
mois de septembre s'est vu marqué par des annonces
catastrophistes qui ont fait la une de la presse nationale. Elles
n'ont toutefois pas eu d'impact immédiat sur les prix :
les délais de réaction du public des vendeurs, très
majoritairement des particuliers, est beaucoup plus long, et ne tient
pas compte en temps réel de ces modifications du marché.
Nous inaugurerons, à partir du mois prochain, une nouvelle
série d'indice permettant de suivre plus finement l'évolution
des prétentions des vendeurs arrivant sur le marché,
sans tenir compte des nombreux biens morts, introduits à un
prix trop élevé par un propriétaire plus
désireux de tester le marché que de vendre. Ces biens
peuvent proliférer dans les annonces, et comme ils ne sont pas
réellement en vente, mais plutôt proposé au bon
gré d'un acheteur prêt à payer une somme
démesurée pour le bien, le propriétaire n'a
aucune raison d'ajuster son prix pour que la transaction se fasse. Il
est impossible de savoir combien d'annonces correspondent aux biens
morts : mais quand on voit des biens rester plus de dix-huit
mois en vente sans que le propriétaire n'en change le prix, on
peut supposer que c'est le cas, et il n'est pas rare...
Quelle
tendance constate-t-on en cette rentrée ?
Paris
progresse, mais le marché cale
A
Paris, si les annonces sont uniformément en hausse (les zones
décotées de Paris sont situées au-delà du
périphérique), on constate une évolution
intéressante : l'érosion des prétentions.
Alors qu'il y a 2 ans, la différence entre le prix
médian des annonces et le prix des notaires était de
20%, elle n'est plus aujourd'hui que de 12% (au
début de l'année, dernières statistiques des
prix publiées par les notaires). Les vendeurs ont commencé
à intégrer le ralentissement du marché, et
réduisent en moyenne leurs prétentions. Compte tenu des
rumeurs de baisse de l'activité durant l'été, il
est probable que cette prise de conscience soit néanmoins trop
tardive.
L'inflexion
que l'on voit sur les deniers mois n'est pas assez importante pour
être significative : on voit que les progressions
trimestrielles sont toujours marquées.
Stagnation
annuelle dans les grandes agglomérations
Si
l'on regarde les offres, on constate une tendance à la
stagnations dans l'ancien dans les plus grandes agglomérations.
Ce sont les plus significatives, car l'offre y est abondante, mais ce
sont également celles qui sont les plus enclines à
résister : il faudra du temps pour que le marché
corrige dans les zones les plus demandées. Cette stagnation
globale cache des variations locales importantes. Ainsi, à
Lyon et Marseille, la moitié des arrondissements affiche une
hausse des annonces, l'autre moitié une baisse, au niveau
annuel.
Il
est intéressant de constater que les derniers prix de
transaction connus sont en baisse à Marseille : cette
baisse ne se reflète pas chez les vendeurs qui continuent,
dans certains quartiers, à remonter leurs prix d'annonce sans
tenir compte de la réalité du marché. Rien
d'étonnant, donc, que les agents immobiliers y remarquent le
blocage le plus manifeste. On s'amusera à remarquer que les
arrondissements les plus « populaires » comme
les quartiers Nord, se tiennent mieux que les arrondissements les
plus cotés. On pourra ainsi comparer l'évolution des
annonces entre le 8e et le 15e arrondissement, respectivement
premiers et dernier par leur revenu par ménage : les
annonces sont à la baisse dans le quartier le plus
bourgeois...


Dans la réalité
du marché, sur l'année 2007, les prix ont évolué
à la stagnation dans le 15e arrondissement (+0,1%) et à
une hausse modérée (un peu au-dessus de l'inflation)
dans le 8e arrondissement. Cette contradiction montre que la
perception du marché n'est pas uniforme, même au sein
d'une ville ! Persuadé que les prix ne sont pas chers
dans un arrondissement moins couru, les vendeurs se sentent plus
libres de tirer les prix d'annonce à la hausse que dans les
zones centrales.
La crise
touche les périphéries des grandes villes.
Dans
les villes de plus de 200 000 habitants, on observe le même
phénomène : les maisons restent courues, et ne
montrent généralement pas de tendance à la
baisse, même s'il faut garder à l'esprit qu'elles ont
moins monté que les appartements, tandis que le marché
des appartements se scinde très nettement en fonction des
zones urbaines. Les périphéries et les quartiers
sensibles affichent des baisses parfois franches du prix médian,
tandis que les quartiers centraux affichent souvent des progressions
sensibles. On se souviendra que la hausse, naturellement, était
partie des centres et s'était propagée à la
périphérie : à mesure que les habitants
réinvestissaient le produit de leurs ventes dans des
acquisitions en banlieue. Chassés des zones centrales, ils ont
propagé la hausse.
Le
scénario inverse se produit : les ménages les
moins aisés, qui ne pouvaient plus qu'acheter assez loin du
centre lorsque les vannes du crédit immobilier étaient
ouvertes, ne peuvent tout simplement plus financer d'achat
convenable. La clientèle disparaît alors prioritairement
en périphérie, et c'est là que le marché
se bloque, et se retourne, en premier. Et draineront, par leurs prix
attractifs, une clientèle plus centrale. Les années
d'euphories avaient contribué à tasser les disparités
entre quartiers des grandes villes : la hiérarchie est en
train de se restaurer.
Mais
comparaison n'est pas raison : rien ne dit qu'un tel scénario
se produira à l'identique à Paris, Lyon et Marseille,
même s'ils en prennent le chemin. Ce sont dans ces villes que
le blocage est le plus sensible.
Que lire
dans les courbes d'annonces ?
Les
prix d'annonce ne reflètent que peu les prix de vente. Ils est
plus intéressant d'y voir une photographie de l'état
d'esprit des vendeurs : lorsque les annonces s'assagissent, cela
veut dire que de moins en moins d'acheteurs ne gonflent leurs prix
d'annonce. Les prix peuvent baisser sans que les prix réels ne
bougent, si la marge réelle obtenue par l'acquéreur
diminue également : une annonce affichée avec un
prix paraissant moins élevé que les autres pourra
partir plus vite, et laisser moins de place à la négociation.
Il faut donc voir les évolutions des prix comme des
anticipations du vendeur sur le marché. Et il est clair que le
moral n'est pas au beau fixe.
|