|
La
Fédération Nationale de l'Immobilier (FNAIM) a publié,
comme chaque mois, la nouvelle version de son indice. Nous avions
déjà commenté l'adoption en douce d'une nouvelle
pondération maison/appartements qui avait permis de masquer
l'ampleur de la hausse (et donc de la chute en cas de baisse) :
ce mois-ci, les variations sont d'une ampleur inégalée,
et totalement déconnectée du discours tenue par le
directeur général du syndicat professionnel, M.
Pallincourt. Comparons les chiffres publiés, et le discours.
L'indice
FNAIM se caractérise par une certaine opacité. Son mode
de calcul ne fait l'objet d'aucune publication de nature à
éclairer le lecteur qui voudrait le comprendre. Tout au plus
nous assure-t-on que par son échantillon très large, il
est représentatif et gomme les petites variations du marché,
comme celles crées par des évolutions contrastées de différents types de biens(les studios s'échangeant plus que les
grands appartements), et qu'il n'y a donc pas lieu d'apporter les
corrections qu'opère l'INSEE sur les données collectées
par les notaires.
Sans
préjuger de la qualité du travail statistique réalisé,
force est de constater que les dernières variations de
l'indice sont surprenantes. Il était difficile de bien s'en
rendre compte jusqu'à présent, car le marché
était uniformément orienté à la hausse,
et ce de manière très vigoureuse. Les variations
mensuelles étaient donc noyées dans une hausse
généralisée de l'indice. Nous assistons
néanmoins à un retournement extrêmement violent.
Prenons les évolutions mensuelles publiées ces trois
derniers mois. Le prix des maisons a baissé de 3,5%,
1,1% puis 1,2% et et les appartements progressé
de 1,8%, régressé de 1,9%, puis de 5,9%.
La
FNAIM nous déclare néanmoins dans sa lettre de
conjoncture de septembre que la crise est bien différente de
celle que connaissent les Etats-Unis, car les fondamentaux immobilier
sont chez nous sains, que les ménages ne sont pas endettés,
et que les banques sont très prudentes dans l'attribution des
crédits. Force est de constater, néanmoins, qu'en
épluchant l'indice Case/Schiller, qui fait référence
pour le suivi du marché américain, on ne trouve
aucune ville où l'on ait connu une baisse de 5,9% en un mois.
Même Las Vegas, qui détient le record du retournement
brutal et qui s'était caractérisée par une
spéculation extrêmement intense, n'a pas connu de baisse
aussi intense. Et personne, à ce moment là, ne songeait
à dire que les fondamentaux étaient sains. Une telle
baisse, si elle se poursuivait une année durant, équivaudrait
à une baisse de 52% de la valeur des appartements, qui
renverrait le marché aux prix de... 2000, et encore, sans
tenir compte de l'inflation.
Si
le chiffre mensuel marque réellement un retournement brutal,
comme l'annonce la FNAIM, il est clair qu'il y a une chose à ne pas
faire, c'est bien d'acheter ! Un retournement aussi violent est de
très mauvais augure, et il vaut mieux se donner le temps d'analyser
l'évolution du marché : si l'on dit souvent sans
réfléchir que louer, c'est jeter l'argent par les fenêtres,
parier un mois de loyer pour voir si les prix ne vont pas baisser de 6% en 30
jours représente quand même un gain énorme, car il
semblerait que mois d'octobre ne soit guère plus brillant pour le
marché que ce que nous avons vu en septembre... M. Pallincourt
annonçait clairement la couleur : il anticipe une poursuite de la
tendance dans les mois à venir.
Toutefois,
cette prévision apocalyptique peut aussi pêcher par
excès. Si l'on regarde le prix des maisons, il aurait
progressé de 3,5% en juillet, un chiffre que l'on a pas connu
en France même dans les plus fortes années de hausse :
est-ce compatible avec le climat morose constaté depuis le
début de l'année ? En l'absence de données
méthodologiques fiables sur l'indice calculé par la
FNAIM, il est impossible de connaître sa sensibilité aux
variations de l'échantillon. Le très net ralentissement
des transactions que l'on connaît pourrait tout à fait
le rendre insignifiant : s'il n'y a plus assez de transactions
prises en compte pour lisser les variations, l'indice peut varier de
manière forte et insignifiante. On peut imaginer, par exemple,
que du fait de la crise du crédit, les appartements les plus
chers aient du mal à trouver preneurs, les acheteurs hésitant
à s'endetter sur de très longues durées et à
des taux élevés. Le prix moyen des appartements
baisserait alors mécaniquement.
Il
est difficile de se prononcer sur la qualité de l'indice, mais
il semble bizarre que le 8 octobre, M. Pallincourt indique au journal
télévisé de 13h, sur France 2, que c'est le
moment d'acheter, et pas le moment de vendre, tout en indiquant
parallèlement que la tendance baissière va se
poursuivre dans les mois à venir ? Si l'on envisage de
céder un bien, autant le faire au plus vite, avant qu'il ne
soit en concurrence avec d'autres biens dont les prix ont baissé
encore plus. Si l'on envisage d'acheter, il est au contraire urgent
d'attendre... Le message que diffuse la FNAIM semble en totale
décorrélation avec l'indice et les prévisions
qu'elle publie !
Autre
chiffre publié : un déficit de 140 000
transactions depuis le début de l'année. On comptait
environ 800 000 transactions dans l'ancien l'an passé,
cela correspond à une baisse de 23%. Le marché est
paralysé, et les chiffres publiés par la banque de
France en septembre montre que ce n'est pas tant l'effet des refus
des banques que simplement, la disparition de la demande qui en est
responsable. Contrairement à une idée tenace, les
vendeurs ne sont pas bloqués par les banques dans leur envie
d'investissement : ils sont simplement dégoutés.
Témoins d'un marché où les annonces sont
toujours proches des plus haut (comme l'illustrent les graphiques de
cotation-immobiliere), et où leur capacité de
financement a fortement baissé, ils ne se donnent même
plus la peine de visiter ou de faire des propositions. La seule
solution pour redynamiser le marché, ce n'est pas
l'abaissement des droits de mutation que demande, toujours dans cette
interview mémorable, M. Pallincourt. Même si les « frais
de notaire » étaient totalement supprimés, ce
qui mettrait à mal les finances des collectivités
locales, cela ne représenterait pas une baisse supérieure
à celle que nous avons connu en septembre sur les prix des
appartements. Le marché de septembre était-il tellement
plus dynamique que celui d'août : cela ne semble pas être
le cas, sinon nous aurions eu des déclarations conquérantes
et optimistes de la FNAIM.
Seule
une baisse franche des prix est de nature à resolvabiliser les
acheteurs. Et encore, cette mesure risque de n'être que de
courte durée : la crise financière, en fragilisant
les entreprises, aura des conséquences sur l'emploi. Et en
période de crainte, les gens renoncent à leurs projets
immobiliers, et reconstituent traditionnellement leur épargne
de précaution. La forte hausse de la collecte des placements
sécurisés depuis le début de l'année en
est d'ailleurs le signe avant-coureur. En fragilisant l'emploi,
donc les revenus, elle diminuera également la capacité
à payer les loyers, ce qui finira par détourner les
derniers bailleurs du marché... La prise de conscience des
vendeurs risque d'avoir lieu trop tard pour enrayer un krach brutal.
L'équipe de cotation-immobiliere penchait majoritairement pour
une baisse longue et modérée, mais les derniers
événements nous font anticiper maintenant une
variation plus brutale.
|